Banque africaine de l’énergie : L’Afrique se dote de son propre bras financier pour valoriser ses ressources
Dotée d’un capital autorisé de 5 milliards de dollars, la nouvelle institution doit financer des projets allant de l’exploration au raffinage, en passant par le transport, le stockage et la distribution. Son lancement doit aider le continent à mieux valoriser ses ressources, à réduire ses importations énergétiques et à répondre a la problématique des financements dans les hydrocarbures.
L’Afrique avait les
gisements, le marché et, de plus en plus, les compétences techniques. Il lui
manquait encore le banquier. Après quatre années de préparation, ce vide
commence à être comblé. Réunis le 31 octobre 2026 à Abuja, les 18 pays membres
de l’Organisation des producteurs africains de pétrole (APPO) et Afreximbank
ont officiellement créé la Banque africaine de l’énergie, ou Africa Energy
Bank.
Président en
exercice de l’APPO, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie,
Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a été élu à la tête de l’Assemblée générale de la
banque pour un mandat d’un an. Sa désignation consacre le rôle joué par la
présidence ivoirienne dans l’aboutissement d’un processus engagé en 2022 et
confie à la Côte d’Ivoire une responsabilité de premier plan dans
l’accompagnement des débuts de la nouvelle institution.
L’Assemblée générale constitutive a également installé les premiers organes de gouvernance et nommé l’Égyptien Helmy Ghazi à la direction de l’établissement. Ancien responsable de HSBC Égypte, il a été retenu à l’issue d’un appel à candidatures conduit avec l’appui d’un cabinet spécialisé. « Nous avons fait le choix de choisir le meilleur profil africain pour conduire cette institution panafricaine, sans autre forme de considération », a confié à la presse Sangafowa Coulibaly.
Le chaînon
manquant
La banque naît
d’une crise du financement énergétique africain ; « elle porte les gênes de la
crise », a indiqué Georges Elombi, président d’Afreximbank. Les besoins
d’investissement du continent sont évalués, selon l’institution, à quelque 200
milliards de dollars, au moment où plusieurs banques internationales et
institutions de développement réduisent leurs engagements dans les
hydrocarbures.
Cette réorientation
des capitaux se heurte pourtant aux réalités africaines. Près de 600 millions
de personnes restent privées d’électricité, tandis que le pétrole et le gaz
continuent de jouer un rôle central dans la production électrique, les
transports, l’industrie et les recettes publiques.
La nouvelle
institution aura donc pour vocation de s’attaquer à une faiblesse structurelle
des économies africaines : l’exportation des matières premières à l’état brut,
suivie de la réimportation, à prix élevé, des produits transformés qui en sont
issus.
Selon les chiffres
présentés à Abuja par Mamadou Sangafowa-Coulibaly, l’Afrique importe environ 70
% des produits pétroliers qu’elle consomme, tout en exportant 75 % de sa
production de brut. « Pour une fois, nous disposons de la matière première, du
marché et du savoir-faire. Il ne manquait plus que le financement », a résumé
le ministre ivoirien.
Le mandat de la
Banque africaine de l’énergie dépasse le seul financement de nouveaux
gisements. Il s’agit de construire les infrastructures nécessaires pour
conserver davantage de valeur sur le continent, réduire les importations de
produits finis et développer les échanges énergétiques entre pays africains.
Premières opérations attendues en janvier 2027
La création de la
banque remonte à un protocole d’accord signé en mai 2022 entre l’APPO et
Afreximbank. Lorsque la Côte d’Ivoire a pris la présidence tournante de l’APPO
en janvier 2026, l’opérationnalisation de la banque figurait parmi les
priorités de Mamadou Sangafowa-Coulibaly. Les travaux menés à cet effet ont
alors porté sur la mobilisation du capital, la mise en place de la gouvernance,
le recrutement des dirigeants et la finalisation du cadre juridique.
À Abuja, siège de
la BAE, le ministre a rendu hommage au président Alassane Ouattara, dont il a
salué le rôle dans la conduite des discussions confiées à la Côte d’Ivoire. «
Je salue le leadership du président Alassane Ouattara, qui nous a valu la
confiance de nos pairs pour porter les discussions ayant permis de mener à
terme le projet de la banque et d’en présider les premiers pas », a-t-il
déclaré.
« Votre mission ne
sera accomplie que lorsque notre institution aura contribué à maximiser la
valorisation de nos ressources pétrolières et gazières et à apporter l’énergie
au dernier africain localisé sur le continent, au dernier kilomètre » a déclaré
Mamadou Sangafowa-Coulibaly, fixant ainsi la feuille de route du président de
la BAE, attendu au prochain rendez-vous d’Abidjan.
L’institution doit
être présentée solennellement au SIREXE, le Salon international des ressources
extractives et énergétiques, organisé du 18 au 22 novembre 2026 à Abidjan. Ses
premières opérations sont attendus en janvier 2027.
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